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29.10.2009

La sociologie, les lois, l'identité nationale, et nous.

La mutation actuelle des questions de sécurité publique est beaucoup plus profonde qu’on ne le pense, et touche à l’organisation même du lien social. Son étude constitue pour nos sociétés un enjeu de prix.

Les travaux  du commandant Matelly - docteur en sociologie-politique - chercheur sur la sociologie, le politique, notamment en tant qu’officier gendarme sur une loi qui concerne la gendarmerie, la police et la défense des libertés et la sécurité des citoyens, sont essentiels. Pourtant, il est menacé de radiation pour avoir publié ses résultats. Le Président Sarkozy doit prochainement rendre sa décision.

Le docteur Matelly procédait à des recherches que les institutions lui avaient demandées, notamment sur l’impact d’un projet de loi de fusion entre la gendarmerie et la police.
Dépassons les clivages traditionnels, replaçons les fonctions de ces forces de l’ordre et de protection dans leurs perspectives citoyennes, et analysons simplement, sans austérité académique.
N’oublions pas, dans notre analyse, les fonctions de contrôle de la circulation des personnes, des marchandises, de l’argent et des informations, qui appellent une organisation centralisée et une forte coopération internationale, la sécurité des personnes et des biens qui réclame une organisation et un fonctionnement plus localisés, et l’émergence d’un marché de la sécurité.


La sociologie

La sociologie étudie l'impact du social sur les façons de penser et façons d'agir humains. Ses objets de recherche sont très variés puisque les sociologues s'intéressent à la fois au travail, à la famille, aux médias, aux rapports hommes-femmes. Si la sociologie reste encore largement une discipline universitaire, de nombreux sociologues sont aujourd'hui employés par des institutions publiques, des collectivités territoriales ou des entreprises privées à fin d'expertise, ce qui souligne l'affinité de cette discipline avec la démarche institutionnelle.

La sociologie renvoie notamment mais pas uniquement, à l’idée de « social ». Ce terme est parfois critiqué pour être dénué de signification et brider la réflexion. Ainsi, l'économiste autrichien Hayek écrivait en 1957 dans ses Essais de philosophie, de science politique et d'économie, que « l'adjectif social est devenu un mot qui ôte à toutes les expressions tout sens clair ». Il critique en particulier la déresponsabilisation induite par l’usage galvaudé du terme «social » , au détriment de la responsabilité des individus libres.
Dans Droit, législation et liberté , il revient sur cette dénonciation du « social », en particulier à travers la critique de la « justice sociale ».
Ce rôle social est particulièrement important pour resserrer les liens en période de ruptures comme celle que nous traversons : ruptures familiales, professionnelles, d’identité, de repères, où beaucoup ne trouvent, pour survivre, que l’anonymat des départs, délocalisations, mutations, ou de la ville, qui contredit la logique d’une société d’interconnaissance.

Le contrôle social s’était déréglé sérieusement au 18ème siècle, au cours d’une période de transformations profondes. Dans le même temps, les mécanismes de contrôle communautaires avaient traversé une crise sérieuse, rongés de l’intérieur par le discrédit  des notables traditionnels qui présidaient aux régulations infra-judiciaires (lire Kaplan).


Le droit justement. Le droit, la loi et la politique


Anciennement, les rois, aussi absolus fussent-ils, recherchaient surtout une symbolique de l’obéissance. Il s’agissait moins de supprimer des libertés que d’assurer une autorité monarchique, surtout lorsque des masses de mécontents devenaient difficiles à contrôler. L’emprise de la justice royale se manifestait alors au moyen de supplices aux éclats répressifs. Cette forme de contrôle et de pénalisation a constitué le nexus de la montée en puissance des hégémonies monarchiques, en inculquant une forme d’obéissance servile par la peur.

Le droit est la traduction d’un projet politique, visant à promouvoir une conception de la société et des relations qui s’y établissent. Le droit, loin d’être moniste, est au contraire très diversifié, aux couleurs de tous les aspects de la société. La jurisprudence d’ailleurs, si elle n’est pas source de droit en règle générale, revêt cependant une importance exceptionnelle par le rôle dominant qu’elle joue dans l’ordonnancement juridique de la société : elle est le droit vivant.

Ainsi, la sociologie et le droit rejoignent le domaine politique au sens étymologique du terme. Ils sont des phénomènes vivants, mieux, des phénomènes de vie. Il est essentiel de souligner la finalité sociale, sociétale, et motrice du droit et des lois.

A l’aube de 2010 où chacun va être amené à réfléchir sur des débats éthiques, économiques, sociaux, dont celui de l’identité nationale, donc à une réflexion sur l’idée de nation, de société, de citoyens, du rôle et des responsabilités de chacun, voici un texte pour ceux que des recherches dans cette direction citoyenne intéressent, qui permet de réfléchir sur notre place, en tant que citoyen, dans cette évolution, au sein de ces structures mutantes, dans une nation qui cherche à se retrouver.

« Par rapport à l’existence individualiste de ruraux, d’artisans, de commerçants, de rentiers, qui depuis tant de siècles avait été celle de nos pères, les français d’aujourdhui se voient contraints, non sans quelque peine, à une vie mécanisée et agglomérée. Aux usines, ateliers, chantiers, magasins, le travail exige des gestes uniformément réglés, dans d’immuables engrenages, avec les mêmes compagnons. Point d’imprévu dans les bureaux, où l’on ne change ni de sujets ni de voisins, suivant les lignes sans fantaisie d’un plan où les schémas d’un ordinateur. N’étaient les aléas que comportent les intempéries, l’agriculture n’est plus que la mise en œuvre d’un appareillage automatique et motorisé en vue de productions étroitement normalisées. Quant au commerce, il s’installe en marchés-type, rayons de série, publicité autoritaire. Le logement de chacun est une alvéole quelconque dans un ensemble indifférent. C’est une foule grise et anonyme que déplacent les transports en commun, et nul ne roule ni ne marche dans une rue sans s’y trouver encastré dans des files et commandé par des signaux. Le loisirs mêmes, sont, à présent, collectifs et réglementés: repas rationnellement distribués dans des cantines; acclamations à l’unisson dans les enceintes des stades sportifs; congés qui se passent sur des sites encombrés, parmi des visiteurs, campeurs, baigneurs, alignés; détente du jour et de la nuit, chronométrée pour les familles dans d’homothétiques appartements où toutes, avant de s’endormir, voient et entendent simultanément le mêmes émissions des mêmes ondes. Il s’agit là d’une force des choses, dont je sais qu’elle est pesante à notre peuple plus qu’à aucun autre en raison de sa nature et de ses antécédents et dont je sens que, par une addition soudaine d’irritations, elle risque de le jeter un jour dans quelque crise irraisonnée.

Charles de Gaulle Mémoire d’espoir, tome II p.115 Plon 1970.

On pourrait peut-être appliquer à De Gaulle cette prophétie de Balzac : « le grand homme qui nous sauvera du naufrage vers lequel nous courons se servira sans doute de l’individualisme pour refaire la nation ».


Pour ma part, j’entend par individualisme moderne, la conscience citoyenne, non formatée, non dirigée, non moulée, mais responsable, éveillée, éclairée, constructive.

C’est la liberté de pensée, de recherche, la liberté d’expression, l’un des principaux, et j’espère encore, inaliénables, Droits de l’Homme, comme l’avait voulue la Déclaration univeselle des Droits de l’Homme ET du citoyen.

Isabelle Voidey
Simple citoyenne.

 

Pour aller plus loin. Le cas Matelly, atteinte aux droits de l'Homme, nous sommes tous concernés :

http://osezdevenir.wordpress.com

http://osezdevenir.blog.lemonde.fr

 

http://infauxrmation-decalee.blogs.letelegramme.com

 

Matelly, démocratie et conscience des citoyens

Essentiel, le combat pour les Droits de l’Homme risque d’être vain s’il est dissocié de la vigilance des citoyens. Les droits de l’homme relèvent d’un Essentiel, et de la responsabilité de chacun des citoyens, car ils touchent à ce qui est le plus précieux de l’être humain : sa dignité individuelle et collective.

9782216104932FS

Citoyenneté responsable et éclairée.

La liberté intellectuelle d’un chercheur est l’essence même de la recherche et du progrès social. Sans elle, travailler dans la recherche perd son sens. L’affaire Matelly, cet officier de gendarmerie, titulaire d’un doctorat en sociologie, chercheur au CNRS, menacé d’être radié de la gendarmerie pour avoir publié ses résultats en tant que chercheur, montre qu’il s’agit d’un problème d’actualité, en France même.

Ce principe de liberté intellectuelle n’aurait jamais dû être menacé, puisqu’il est un pilier de la démocratie.
Aucune structure n’est parfaite et toutes évoluent. Pour un citoyen ce n’est pas ce que Jean-Hugues Matelly peut dire sur des axes d’amélioration à proposer à la gendarmerie qui risque de lui faire perdre confiance en elle, bien au contraire, c’est une dynamique constructive rassurante. Ce sont plutôt l’hostilité et la rigidité de la réaction, l’absence de perspective d’évolution qu’elle nous montre ainsi, qui posent question.

La Gendarmerie est sensée garantir une application sereine des lois et veiller aux libertés accordées à chaque citoyen français. Que devient ce fondement originel ?
Une telle sanction contre le commandant Matelly, si l’avis est suivi par le pouvoir, ne pourra que renforcer le sentiment de totalitarisme que ses détracteurs lui reprochent de plus en plus. Un colonel fait brûler des paillotes en Corse et ne subit aucune sanction, un capitaine insulte ses subordonnés de propos racistes, et ne reçoit que 30 jours d’arrêt, sanction que la Direction de la Gendarmerie présente pourtant comme grave. Le fait reproché au Commandant chercheur Jean-Hugues Matelly n’est pas prévu par le Code Pénal, mais la sanction proposée est la plus élevée. Il s’exprime en tant que chercheur, fournit une analyse scientifique avec des co-chercheurs, sur les effets d’une loi en cours d’étude, et se retrouve en passe d’être radié de la Gendarmerie, déshonoré, mis au ban.

Ce droit d’expression refusé aux gendarmes empêche toute information réelle des citoyens sur un service public chargé d’assurer leur sécurité et la protection de leurs libertés.

La gendarmerie a simplement ignoré que la défense de l’image d’une institution passe d’abord par la qualité du service dont elle est responsable devant l’Etat et le citoyen, par l’attitude sur le terrain des personnels, qui doivent être exemplaires pour rester crédible lorsque l’on vient reprendre les citoyens sur leurs erreurs, comportements et infractions routières ou pénales.
C’est cette crédibilité qui renforce la légitimité et l’image de la gendarmerie. Elle passe donc par une transparence moderne et pensée, et non par une opacité sous menace implicite ou directe.

Le cas MATELLY dépasse le problème de discipline concernant un officier mais symbolise le malaise de toute une corporation qui souffre de ne pouvoir s’exprimer.
Ce silence va beaucoup plus loin car si le cas des suicides à France-Télecom est arrivé sur la place publique, il y a au moins autant sinon plus de ces gestes désespérés en gendarmerie. Mais une chappe de plomb étouffe cette réalité.

Cet officier est aimé et respecté de ses hommes et de la population :
“Retraité de l’arme ancien chauffeur du CDT MATELLY, je le soutiens car c’est un homme juste et droit, qui avant de penser aux statistiques pense à l’être humain.”
“Un homme d’honneur, aimé et proche de ses hommes !”
“Un homme qui fait son travail comme pas un, qui est félicité, encore dernièrement, par son chef direct !”

Cet homme, intègre et courageux, risque donc de perdre son honneur, son rang d’Officier de Gendarmerie et être mis au ban de la société, pour avoir usé de son droit de Libre Expression dans un souci d’évolution de l’arme qu’il sert avec dévouement, auquel on oppose un “devoir de réserve” non juridiquement défini.

Si le Commandant MATELLY venait à subir une sanction, nous pourrions alors légitimement conclure que “dans ce drôle de monde où nous vivons il en coûte moins cher d’ouvrir sa braguette que d’ouvrir sa gueule”…
Il reste l’espoir que la décision du conseil d’enquête ne sera pas entérinée par le Président de la République qui est seul habilité à signer le décret de révocation de cet officier.
L’enjeu : la modernisation d’un état d’esprit, le maintien du lien entre la nation et ses militaires, la restauration de la confiance dans les structures de l’Etat à tous niveaux, pour réussir la mutation socio-économique du XXI ème siècle.

Jean-Hugues Matelly : qui est-il ?

Jean-Hugues Matelly : qui est-il ?

Jean-Hugues Matelly, né le 10 décembre 1965 à Montpellier (France)

Photo ici.

Formation : Institut d’études politiques de Toulouse - université des Sciences Sociales - Doctorat en science politique
Il est chef d’escadron dans la Gendarmerie nationale française (grade de commandant), politologue, sociologue et auteur d’essais et romans.

En parallèle, il mène des travaux universitaires dans le champ de la sécurité :

-au sein du Centre d’Etudes et de Recherches sur la Police (CERP) à l’Institut d’études politiques de Toulouse,

- puis du Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales (CESDIP), laboratoire du CNRS.

Domaines de recherche :
- Les chiffres de la criminalité et les statistiques policières : construction enjeux et usages.
- Exercice de la police judiciaire et de la police scientifique
- Politiques publiques de sécurité
- Management des organisations publiques en charge de questions de sécurité
- Organisation et fonctionnement de la Gendarmerie nationale
- Interactions du champ militaire et du champ policier dans les problématiques de sécurité
- Déontologie et éthique militaires et policières
- Place du militaire et du policier dans la société

Thèse de doctorat : Gendarmerie et police judiciaire criminelle : l’enquêteur face à l’organisation, Science politique, Toulouse 1, 2004, dact., 619 f.

Livres :

  •  Jeu de rôle. Istres, Toulon, Carpentras : crimes ? suicides ? sectes ? Les Presses du Midi, Paris, 1997 (ISBN 2-87867-132-5).

    Le lieutenant Mattely est auteur de plusieurs articles sur les jeux de simulation, qu’il pratique depuis plus de 15 ans. Dans cet ouvrage, après avoir brossé le tableau des accusations portées contre le jeu de rôle, et défini ce qu’est réellement, au-delà de la rumeur, ce nouveau type de jeu de société, l’auteur étudie point par point les risques éventuels liés à la pratique de ce loisir.

  • Une police judiciaire…militaire ? La gendarmerie en question. Editeur : L’harmattan. Parution : 01/07/2006. Nombre de pages : 286


  • La Mort Nue. Editeur : Les Presses Du Midi. Parution : 10/06/2002. Nombre de pages : 236

Résumé :
Le lieutenant Achille Hatlant vient de prendre ses fonctions à la section de recherches de Nîmes, son « baptême du feu » ne tarde guère : dés le début de sa permanence, des promeneurs découvrent le corps d’une jeune femme, abandonnée dans la garrigue. Pour les gendarmes de la section de recherches il faut avant tout, identifier la victime. Réussiront-ils, avec vous , à confondre l’assassin ?


  •  Gendarmerie et crimes de sang, éditions L’Harmattan, Paris, 2000 (ISBN 2-7475-0050-0).

Résumé :

Le crime de sang, parce qu’il porte atteinte à la vie humaine, constitue dans la plupart des sociétés l’une des infractions les plus graves. L’enquête policière sur de tels faits est devenue le modèle de fonctionnement des services spécialisés de police judiciaire. Cependant, les ouvrages faisant référence à cet aspect de la fonction policière sont rares, relevant surtout, au-delà de la multitude des oeuvres romanesques, des mémoires autobiographiques ou des enquêtes journalistiques. Au sein même des forces de police française, les enquêtes criminelles de la gendarmerie sont peu connues, alors que, pourtant, celles-ci concernent, chaque année, plusieurs centaines de meurtres et d’assassinats, dont certains ont défrayé la chronique (affaire Grégory, Carole Dickinson…). Comment la gendarmerie s’est-elle organisée pour répondre à ces problèmes ? De quelles manières procèdent ses enquêteurs et à quelles difficultés sont-ils confrontés ? Quels sont les points forts et les faiblesses de son action dans ce domaine ? Comment s’organisent les relations avec les magistrats et les policiers ? Autant de questions d’actualité auxquelles cet ouvrage apporte un nouvel éclairage, en permettant d’appréhender comment s’est réalisée l’évolution d’une institution et d’une fonction confrontées aux changements de la société.

  •  Police : des chiffres et des doutes, regards critiques sur les statistiques de la délinquance, éditions Michalon, Paris, 2007 (ISBN 978-2-84186-422-5).

Résumé :

La publication des chiffres de la délinquance est devenue l’un des moments clefs de la vie politique et médiatique : la criminalité baisse, la police est performante et l’on s’extasie sur cette amélioration mathématiquement prouvée. Pourtant, contrairement à ce que l’on voudrait (nous faire) croire, ces chiffres si rassurants relèvent davantage d’une fabrique bien huilée que d’une véritable approche scientifique. La ” vérité ” des chiffres dissimule des constructions comptables chaotiques et… inquiétantes. Plongée détaillée dans l’univers des commissariats et des gendarmeries où s’élaborent ces chiffres, ce livre dévoile toutes les recettes utilisées pour construire les résultats souhaités en haut lieu et raconte comment s’est bâti un système qui, depuis le gardien de la paix jusqu’au ministre, ” piège ” l’ensemble des participants. Produire les ” bons chiffres ” devient la préoccupation principale, même si cela a des conséquences néfastes sur le travail policier, même si cela signifie reléguer le public au second plan, même si cela nuit à leur mission même : la lutte contre la délinquance.


Ecrits :

« La peur du jeu de rôle », Les Cahiers de l’IRSA, 1999, n°3 “Imaginaire de l’effroyable. Monstres, crimes et catastrophes”, p. 125-136.

« Une obligation de résultats pour les gendarmes ? » in «  Quartiers sensibles ici et ailleurs », Cahiers de la sécurité intérieure, n°49, 2002, p. 187-206.

« Les limites d’un management de la sécurité : le cas de la gendarmerie française », Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique, 2003, n° 4, p. 483-500.

« Une activité de police judiciaire gagnée par la fièvre médiatique ? Les enseignements d’une enquête menée auprès de la Gendarmerie nationale française », Cahiers de la sécurité intérieure, n° 55, 1er trimestre 2004, p. 219-240.

« La liberté critique du militaire : incertitudes et enjeux », Les Champs de Mars, 2005, no17, p. 165-181.

« L’incertaine liberté critique du militaire », Actualité juridique droit administratif, n°39, 21 novembre 2005, p. 2156-2161.

« Feu la Gendarmerie nationale », Pouvoirs locaux, n°80, 2009, p. 12-13.

Presse :

« Jeux de rôle : vers une possible réhabilitation », Bifrost, janvier 1998.

« La libre censure des militaires », Le Monde, 14 décembre 2004.

« Quand la police résout plus de 100% des affaires », Libération, 11 janvier 2007.

« La gendarmerie enterrée, à tort, dans l’indifférence générale » Rue89, 30 décembre 2008


Doctorat en sociologie, étude des lois, et gendarmerie

La liberté d’expression et de pensée, choses différentes, se réduit partout à grande vitesse depuis plusieurs années.

On peut observer ce phénomène au travail, dans les tribunaux, les cabinets des psys….

tout ce qui n’est pas strictement conventionnel est recadré par tous les moyens. La démocratie passe par la connaissance, l’information, la responsabilité éclairée de chaque citoyen, justement pour éviter de croire et suivre tout et n’importe quoi sans réfléchir.

C’est ce qu’on expliquait aux enfants des écoles avant guerre : la connaissance, la pensée, c’est la liberté, dans le sens de ne pas risquer d’être réduit à un état d’asservissement.

Le commandant Matelly est un symbole éminent non seulement parce que la situation qui le concerne est extrême et que cet homme se bat avec un courage qui force l’admiration depuis plusieurs années déjà, et a déjà reçu des sanctions, mais parcequ’il est docteur en sociologie, il est au coeur du problème que nous évoquons, il sait de quoi il parle, il sait exactement ce qu’il fait, et il est chercheur.

La recherche, notamment en sociologie sur l’impact des lois, comme le pratique le Docteur Matelly, c’est le pilier de la liberté de pensée et du progrès de la civilisation, et surtout, du lien social.

La défense du commandant Matelly sous l'angle de la confiance en la gendarmerie

Ce que l’on appelle aujourd’hui “l’affaire Matelly” provoque une levée de boucliers. Des collectifs de différents milieux se mobilisent. Des personnalités de tous horizons se rallient au mouvement de protestation. La vague déferle sur tous les blogs.
Ce commandant de gendarmerie, titulaire d’un doctorat, chercheur et écrivain, en accord avec son institution, est menacé de radiation pour avoir publié ses résultats.
Au-delà de la question de la liberté intellectuelle, de la liberté de pensée, d’expression, se pose le problème de la confiance en nos institutions.

Au terme de mes recherches, j’ai compris que la gendarmerie sanctionne ce penseur sociologue essentiellement sur ses avis et propositions sur la modernisation du management, la place dans la société et parmi les autres institutions, d’une arme qu’il sert avec un dévouement inconditionnel.

Mes recherches m’ont aussi montré que les hautes instances de la gendarmerie sanctionnent ses propos la concernant car elle redoute une perte de confiance du public dans l’arme.

La France, change, et elle change vite, sous l’impulsion de réformes judiciaires, sur fond de crise économique, financière et énergétique sans précédent, ses structures sont ébranlées et vacillent. Les cadres et employés de France Telecom ont fait sauter un verrou en rompant la loi du silence qui frappe par ailleurs de nombreuses entreprises et administrations qui soufrent des mêmes chamboulements sociétaux. Loin d’être ternie, l’image de France Telecom s’améliore puisque ces mouvements ont montré la qualité du personnel, ont permis au public de mieux comprendre leur travail au quotidien. La démarche de prise de conscience des dirigeants de France Telecom a été saluée avec soulagement par le public, qui voit là une forme d’intelligence -) ainsi que des perspectives d’ouverture. D’ailleurs, la direction procède à un réajustage des méthodes managériales appliquées à l’évolution indispensable de l’entreprise dans le cadre des enjeux économiques. L’usager de France Telecom que je suis retrouve ainsi progressivement confiance en l’entreprise, tout en restant vigilante sur la confirmation de cette évolution positive.

L’image d’une structure ne passe pas par la dissimulation ou le silence de ce qui n’est souvent, avec les moyens de communication d’aujourd’hui, qu’un secret de Polichinel. Elle ne passe plus par la diffusion d’images et de messages à l’eau de rose en direction du public, avec des séquences émotions et de jolies photos. Le public est baigné de ces manipulations à longueur de journée, par les pub, les campagnes politiques, les campagnes nationales contre ci ou contre ça, pour finalement découvrir un scandale ou simplement une réalité dans les mois qui suivent. Le public ne marche plus dans cette technique de communication infantile et désormais périmée. Le public est confronté à la réalité, une réalité qu’il voit comme plus dure (voir mes autres articles dans les médias libres), il est bien loin du rêve et de l’idéal, il veut le résultat sur le terrain. Point final.

Sur le terrain, justement, je me trouve en position unique en termes de  rapprochement police-gendarmerie, d’appartenir ou non à la famille gendarmerie, d’être côté victime ou prévenu, aisé ou pauvre, dotée par mère nature de quelques neurones supplémentaires et de la faculté d’écrire ce que je pense de façon argumentée, avec bienveillance. Vous allez comprendre pourquoi :

- je ne fais pas de politique et je n’appartiens à aucun groupe. Je suis libre et indépendante.

- petite-fille d’un commandant, chef de réseau de résistance.

- issue de famille de policiers : commandant de police urbaine, commissaire RG tué en service commandé.

- mariée à un gendarme pendant 7 ans.

- j’ai été au contact des services de police, et de gendarmerie de plusieurs façons :

en tant que victime et dans d’autres moments difficiles, mais aussi en tant que prévenue ou accusée, avec convocations, perquisitions, gardes à vue, etc… Il y a eu des moments de reconnaissance, et des moments de colère.

- famille aussi de sapeurs-pompiers, d’entrepreneurs, d’hommes de la terre, de la mer, d’artistes, religieux… origines culturelles variées, c’est ma richesse.

- QI de 150 et des capacités à écrire ce que je pense, avec bienveillance. J’ai débuté mes recherches et mes écrits à l’école primaire, et créé ma première association, dans un but humaniste et de justice, à 7 ans. Ne croyez pas que je me vante ou que je cherche un avantage personnel : pour être perçue toute ma vie comme un danger, exclue, rejetée, radiée moi aussi, virée, souffrir à ce point, même en me faisant petite au point de perdre mon identité, ce n’était pas la peine. Je n’avais rien demandé à mère nature. Aujourd’hui, même si mon QI et mes actions soulagent des souffrances et sauvent des vies tous les jours, par mes activités internet et téléphone, je me suis retirée de la société, et je n’y retournerai pas. Il y a des blessures qui ne guérissent pas.

Concernant particulièrement l’image de la gendarmerie, je peux affirmer, en tant que citoyenne, que c’est au contraire une démarche d’ouverture dans l’état d’esprit qui me donnera une bonne image, et surtout, confiance. Le public n’a pas besoin de tout savoir, et d’ailleurs ça ne l’intéresse pas. Ce qu’il capte, c’est l’Etat d’Esprit. Le public, particulièrement dans le contexte socio-économique de la France et du monde, a besoin de ressentir que la gendarmerie est capable de gérer une adaptation nécessaire, comme pour tout le monde, rendue très difficile par la rapidité et l’ampleur des réformes et mouvements internes et contextuels.

Lorsque l’on est vraiment sûr de ses bases, on supporte aisément la question, on accepte la discussion, ou ouvre le champ des recherches, on travaille à des solutions. Bloquer, fermer, limoger, utiliser la force est généralement le signe que la structure n’est pas assez forte pour soutenir le dialogue et l’évolution, c’est ça qui est inquiétant, entraine la perte de confiance, et perçu de tous depuis longtemps, quelle que soit l’entité économique, politique ou sociale concernée.

Une démarche d’ouverture d’état d’esprit des hautes instances de la gendarmerie sur cette nouvelle forme de problématique d’évolution serait unanimement saluée comme un modèle.

Je reste cependant assez confiante en la lucidité et la clairvoyance de la Présidence.

Je fais appel à  l’intelligence et à l’esprit stratégique de monsieur Nicolas Sarkosy.

Commandant Matelly : "Si tu t'imagines la cathédrale bâtie, tu la bâtiras !"

La liberté intellectuelle, en tant que chercheur, est l’essence même de la recherche. Sans elle, travailler dans la recherche perd son sens. Les petits ruisseaux font les grandes rivières : je suis convaincue que l’union des forces développera suffisamment d’énergie pour maintenir un équilibre qui n’aurait jamais dû être menacé, puisqu’il est le pilier de la démocratie.

Aucune structure n’est parfaite et toutes évoluent. Pour une citoyenne comme moi, ce n’est pas ce que Jean-Hugues Matelly peut dire sur des axes d’amélioration à proposer à la gendarmerie qui risque  de me faire perdre confiance en elle, bien au contraire, c’est une dynamique constructive rassurante,  mais ce sont plutôt plutôt l’hostilité de la réaction, la rigidité, l’absence de perspective d’évolution qu’elle nous montre ainsi, qui me font perdre confiance.

 

Jean-Hugues Matelly, 44 ans et chef d’escadron de la région Picardie, chercheur au CNRS, pourrait être radié des cadres, c’est -à-dire exclu de la gendarmerie. On lui reproche d’avoir, le 30 décembre 2008, signé avec deux chercheurs du CNRS, un article diffusé par le site Rue 89 : ” la gendarmerie enterrée, à tort, dans l’indifférence générale” dans lequel il défend manifestement l’arme qu’il sert.

Voici un autre exemple de ce qu’il dit dans le cadre de ses recherches, paru dans un article de Libération, dans lequel il parle d’ailleurs plutôt de la police.

Voici la position et les explications de l’association “gendarme et citoyen” : http://legendarmecitoyen.forumactif.net/communiques-affic...

Le devoir de réserve est une obligation, mais :

le chef d’escadron Matelly n’a pas dénoncé de problèmes internes à la gendarmerie dans ses publications. Il apparait qu’il se montre seulement vigilant sur la qualité et l’avenir d’une arme qu’il défend avec passion et à laquelle il a voué sa vie. Il a travaillé en profondeur, a effectué un examen rigoureux avec des chercheurs cnrs, en conscience.

J’appelle à une mobilisation massive, vigoureuse et déterminée  pour soutenir le chef d’Escadron Matelly et empêcher sa radiation, qui équivaut à un arrêt de mort professionnel, si ce n’est un lynchage.

Commandant Jean-Hugues Matelly, chef d’escadron Picardie, contrôleur de gestion pour la région Picardie, ancien rapporteur à la Commission des recours des militaires, commandant de la compagnie de Blois en 1998, excellemment bien noté par sa hiérarchie, sorti major de sa promotion, de formation universitaire, juriste, docteur et chercheur associé en Sciences Politiques et auteur de nombreux articles, romans et ouvrages.

Jean-Hugues Matelly, qui avait déjà fait l’objet de procédure disciplinaire, s’était exprimé le 23 octobre et le 12 novembre 2007 sur la conduite de la politique sociale au sein de la gendarmerie sur RTL et avait signé un éditorial de nature revendicative publié dans l’Essor, journal corporatif des personnels de la gendarmerie.

Si on peut parfaitement défendre le principe de la totale soumission d’un gendarme qui reste assujetti de manière permanente à son statut et qui ne peut avoir d’activités annexes (notamment celles de chercheur) qui l’exonéreraient de son obligation de réserve et de loyauté, aucune autorité hiérarchique ne doit s’autoriser à analyser les travaux de recherche de Jean-Hugues Matelly “au regard des sanctions disciplinaires encourues”.

Monsieur Jean-Yves Fontaine, Sociologue et juriste, chercheur au CERRE communique, dans son article intitulé “La liberté de recherche en question, ou, pourquoi la recherche universitaire serait contraire à l’éthique militaire ?” :

“La gendarmerie ne peut se permettre de juger de la qualité et “ipso facto” de condamner des travaux scientifiques de recherche universitaire. Si Jean-Hugues Matelly reste bien gendarme, et donc à ce titre soumis à une obligation de réserve aussi drastique soit elle, ses travaux ont été reconnus par le monde universitaire à leur juste valeur et c’est une évidence et c’est une règle fondamentale dans toute société démocratique de rappeler que des travaux scientifiques ne peuvent être ni déloyaux ni contraires à une quelconque déontologie professionnelle si tant est qu’ils ne sont ni diffamatoires ni attentatoires à l’ordre public”.

Voici le dernier article qui vient de tomber : il fait le point, informe sur la réalité de la situation.

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/...

Je signale la superbe, pétillante, rigoureuse et passionnante biographie de Jean-Hugues Matelly sur Wikipédia, dernière mise à jour 16 10 2009 2H10 ;-)

Un gendarme menacé de radiation pour avoir publié ses recherches

Matelly: Un collectif dénonce la radiation

Le collectif “Indépendance des Chercheurs” dénonce samedi sur son blog la radiation des cadres du gendarme et chercheur Jean-Hughes Matelly. Il est reproché au gendarme d’avoir exprimé publiquement un point de vue critique sur le rapprochement police-gendarmerie fin 2008. Toutefois, relève le collectif, Jean-Hughes Matelly était intervenu en tant que “chercheur associé” au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales et non en tant que gendarme.

(fin de la dépêche)

Et pour rappel, le début de l’article :

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/...

Le gendarme Matelly sera-t-il radié des cadres ? (I)

Le 17 octobre, Le Figaro publie une interview du PDG de France Télécom, Didier Lombard, refusant d’envisager l’eventualité d’un départ de sa fonction actuelle. Il ne semble pas, non plus, qu’il soit question de remplacer Frédéric Mitterrand ou Brice Hortefeux au sein du gouvernement. En revanche, l’AFP a fait état jeudi dernier de la proposition d’une commission d’enquête tendant à la radiation des cadres du chef d’escadron de gendarmerie Jean-Hughes Matelly, pour avoir critiqué publiquement l’actuelle politique gouvernementale de rapprochement entre les institutions de la gendarmerie et celles de la police. L’AFP rappelle que Jean-Hugues Matelly « s’était exprimé publiquement en tant que chercheur du CNRS » (Centre National de la Recherche Scientifique). Précisons que, dans l’annuaire du CNRS, Matelly n’apparaît pas comme un chercheur de l’établissement mais fait effectivement partie des personnels répertoriés du CESDIP (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales), unité mixte de recherche UMR8183 dont l’établissement principal de rattachement est l’Université Versailles St-Quentin et les deux autres tutelles, le CNRS et le Ministère de la Justice. Sur le site du CESDIP, Jean-Hugues Matelly se voit accorder publiquement le statut de « chercheur associé ». Dès lors, l’affaire Matelly apparaît indissociable de la question de la liberté d’expression des chercheurs.

L’universitaire François Géré, directeur de recherches à Paris III depuis 2002. François Géré travaille sur l’armée depuis vingt-cinq ans. Et, pour lui, le cas Matelly est plutôt « l’exception qui confirme la règle » :

« Officiellement, c’est en 1972 que la France a autorisé les militaires à faire de la recherche universitaire. Dans la foulée, on a créé la Fondation des études de défense nationale. Depuis, des centaines d’officiers ont fait de la recherche. Dire qu’on les muselle systématiquement est une plaisanterie : la hiérarchie militaire est plutôt de moins en moins frileuse depuis trois ou quatre ans ! »

Géré passe au moins la moitié de son temps à diriger des travaux réalisés par des militaires, dont des gendarmes. Il ne nie pas qu’une phase de négociation est souvent nécessaire avec cette hiérarchie qui doit donner son aval pour la publication des travaux. Mais il limite l’enjeu de ces tractations :

« J’interviens surtout pour éviter qu’on considère comme une info classifiée ce qui relève à mes yeux d’un secret de polichinelle. Mais, encore une fois, c’est de moins en moins le cas car l’armée a compris que c’était utile de valoriser ses personnels qui font de la recherche, et intégré une habitude très installée dans les pays anglo-saxons. »

…/…

Pour un droit d’expression élargi

En réalité, l’affaire Matelly excède le champ de la recherche. Lorsque l’officier de gendarmerie signe sur Rue89, il le fait certes en tant que chercheur-associé et aux côtés de deux autres universitaires. Mais il sait l’absence de liberté d’expression des militaires. C’est donc aussi sur ce terrain qu’il faut analyser le cas Matelly. Car, comme de plus en plus de gendarmes, il réclame un droit d’expression élargi, comme les militaires en ont en Scandinavie et même, depuis peu, en Espagne ou au Portugal.

En France, Jacques Bessy, colonel de gendarmerie à la retraite depuis 1993, milite en ce sens depuis quinze ans. La première fois qu’il a pris position publiquement pour le droit syndical des militaires, il était encore en fonction, et c’est même la très officielle Revue Défense nationale qui avait publié son premier appel en ce sens. Aucune réprimande à l’époque mais il est vrai qu’il était alors à quelques mois de la retraite. Pour lui, « on est encore en plein paternalisme institutionnel » en France :

« Matelly, c’est Jeanne d’Arc. Il a beau arguer qu’on sanctionne un gendarme chercheur qui publie un article et pas des gendarmes qui incendient une paillotte, c’est beaucoup plus grave dans l’esprit de cette hiérarchie qui le voit comme un schismatique. Il est condamné parce qu’on est dans un système totalitaire. Ce système ne supporte aucun contre pouvoir de quelque sorte. »

Comme le veut la procédure, c’est Nicolas Sarkozy qui tranchera in fine sur l’éviction de Jean-Hughes Matelly. Sur les conseils de Brice Hortefeux, qui a désormais autorité hiérarchique sur les gendarmes en tant que ministre de l’Intérieur.

Extrait d’article du 16 octobre 2009.

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